Canadian Journal of Ophthalmology

The official journal of the Canadian Ophthalmological Society


Volume 39, no.6, Octobre 2004

  

Éditorial

Modèle d’infrastructure pour la mise en oeuvre de VISION 2020 : Le droit à la vue

La cécité est un grave problème de santé publique mondial. Elle est évitable dans une proportion de 80 %, par la prévention ou le traitement, et 90 % des
cas surviennent dans les pays en voie de développement. Elle s’est étendue de façon constante au cours des 30 dernières années et l’Asie du Sud-est en
assume le plus lourd fardeau (de façon disproportionnée en regard de sa population), suivie de la région du Pacifique Ouest, l’Afrique sous-saharienne, l’Europe, l’Est de la Méditerranée et l’Amérique latine. Le risque de cécité augmente considérablement chez les populations pauvres, vieillissantes et féminines.

Devant ces constats, partout dans le monde, les principaux
groupes et organismes de prévention ont compris qu’il fallait modifier radicalement les stratégies visant à maîtriser la situation, ce qui a mené à la
mise au point de l’Initiative mondiale pour l’élimination de la cécité évitable. Le projet, appelée « VISION 2020 : Le droit à la vue », est un programme conjoint
de l’Organisation mondiale de la santé, qui représente les gouvernements du monde, et l’Organisation internationale pour la prévention de la cécité, qui représente les organisations non gouvernementales de développement international, les organisations professionnelles, les institutions et le secteur des entreprises. Le but est de maîtriser la cécité et de renverser la tendance
actuelle d’expansion de la cécité dans le monde. La stratégie comprend trois éléments : contrôle efficace de la maladie afin d’enrayer les principales
causes de la cécité; formation des ressources humaines; renforcement de l’infrastructure et mise au point de la technologie pertinente. La réussite du programme repose sur le développement en parallèle des trois composantes.

L’un des principaux obstacles à la lutte contre la cécité dans les pays en voie de développement, c’est le manque d’infrastructure appropriée pour la prestation des soins oculaires. Le modèle proposé prévoit la prestation de soins complets à tous les niveaux, notamment primaires, secondaires, tertiaires et tertiaires avancés par le biais d’une structure pyramidale.

À la base de la pyramide, se trouvent les centres de la vue, qui veillent à la prestation des soins oculaires primaires à des masses de 50 000 de population, assurant notamment le dépistage des maladies pouvant causer la cécité, les services de réfractométrie et de dispensaire, le lien avec les autres services communautaires et l’orientation pertinente des patients, sur les plans horizontal et vertical. Les troubles susceptibles d’être traités efficacement à ce niveau (en collaboration avec les autres services locaux de soins primaires) sont les déficits de réfraction, la déficience en vitamine A, le trachome et l’onchocercose. Selon notre expérience, l’investissement initial requis pour créer un de ces centres serait d’environ 10 000 $ US (20¢ par personne). Le personnel requis comprendrait un technicien de la vue, quelqu’un qui, après ses études secondaires, a reçu un an de formation particulière.

À l’échelon suivant, se situent les centres de service qui ont surtout pour objet de fournir les soins oculaires secondaires, comprenant l’évaluation diagnostique complète, la chirurgie de la cataracte et les autres chirurgies mineures, les services de basse vision, un service communautaire de réadaptation et un centre de don d’yeux pour une masse de 500 000 de population. Dans les pays en voie de développement, l’investissement initial serait de l’ordre de 100 000 $ US (20¢ par personne). Le personnel requis comprendrait un ophtalmologiste ou deux et une équipe de soutien de 25 à 30 personnes pour couvrir les services médicaux, administratifs et autres. Ces centres peuvent se situer dans des hôpitaux de district du secteur gouvernemental, des hôpitaux ruraux dirigés par des organisations non gouvernementales ou des hôpitaux privés. L’intention est d’intégrer tous les secteurs de prestation des soins oculaires pour obtenir un bon partenariat public–privé afin de mieux coordonner les services et d’utiliser les ressources de façon optimale.

Au troisième échelon, se trouvent les centres de formation, un par masse de 5 millions de population, qui comprennent les services oculaires secondaires ainsi que les services tertiaires de base, la formation de qualité en résidence, la formation de tout autre personnel d’ophtalmologie, les services de basse vision et de réadaptation et la recherche clinique pertinente. En somme, à cet échelon, il y a possibilité de traiter les cataractes, le glaucome, la rétinopathie diabétique et la tache de la cornée, de même que les cas difficiles de cataracte et de déficience réfractive. L’activité dominante devrait porter sur la formation du personnel des soins oculaires. L’investissement initial est d’environ 1 million de dollars US (20¢ par personne). On pourrait développer ces services dans les départements d’ophtalmologie des écoles de médecine et les hôpitaux universitaires de même que dans les hôpitaux de soins tertiaires des secteurs bénévoles et privés.

Au sommet de la pyramide, il y a les centres d’excellence, un par masse de 50 millions de population, dont les fonctions couvrent les soins tertiaires avancés; les nouveaux modes de traitement; la formation des instructeurs; la recherche pertinente : clinique, de laboratoire ainsi qu’en matière de santé publique et de
fonctionnement; la formation avancée en administration; la réadaptation des personnes à basse vision; le développement de produits. L’on mettra l’accent sur la prestation des services, la formation et la recherche pour tous les cas. Le coût global de chacune de ces unités est d’environ 10 millions de dollars US (20¢ par personne). Le personnel du centre d’excellence comprendra un effectif complet en soins oculaires pour couvrir toute la gamme des fonctions médicales
et non médicales.

Dans l’ensemble, l’investissement initial ne s’élèvera qu’à 80¢ par personne. En ajoutant environ 20¢ pour les besoins de formation nécessaires pour rendre l’infrastructure fonctionnelle, le coût global oscillerait tout juste autour de 1 $ US par personne. Une bonne partie de l’infrastructure requise existe déjà dans la plupart des régions du monde et tout ce qu’il faudrait maintenant serait de moderniser les installations. Les principaux ajouts porteraient sur la formation particulière et la modernisation.

Les divers centres d’excellence peuvent ensuite contribuer à l’élaboration de programmes nationaux et régionaux, qui permettront de mettre en commun certaines fonctions, telles la planification des programmes, la mobilisation des ressources, la mise au point des programmes de formation, la répartition du matériel d’enseignement, le développement de systèmes et la définition des champs de recherche pertinents. Cela éliminera les chevauchements superflus et préviendra les dépenses inutiles.

On peut créer ce modèle dans la plupart des pays en voie de développement en l’adaptant aux besoins locaux. Cela fournira alors le cadre voulu pour créer un système de soins oculaires qui durera au-delà de l’an 2020, afin que tout être humain puisse jouir du droit fondamental à la vue.

Gullapalli N. Rao, MD
L.V. Prasad Eye Institute
Hyderabad, India

Le Dr Rao est président élu de l’Agence internationale pour la prévention de la cécité. Il sera au Canada les deux premières semaines de novembre pour une tournée de conférences organisée par Operation Eyesight et parrainée par Shoppers Optical. Les ophtalmologistes sont invités à le rencontrer à l’une des cinq réceptions qui se dérouleront en soirée à Vancouver, Calgary, Winnipeg, Toronto et Ottawa. Il prendra aussi la parole à un déjeuner qui aura lieu à midi le 12 novembre, à l’hôtel Novotel Montréal-Centre. Pour vous renseigner sur ces activités, visitez le site www.operationeyesight.ca ou composez le (800) 585-8265.

Le présent éditorial a d’abord été publié dans le Saudi Journal of Ophthalmology (2004;18[Numéro spécial]:3–4). Nous le reproduisons avec l’autorisation de la Saudi Ophthalmological Society.