Introduction
Le Comité des normes visuelles pour la conduite automobile de la Société canadienne dophtalmologie a mis au point un jeu de recommandations pour létablissement de nouvelles normes visuelles pour la conduite automobile au Canada et la standardisation des modalités dapplication de ces normes. Ces recommandations ont été présentées à lAssociation médicale canadienne pour insertion dans la révision en cours du Guide dexamen des conducteurs à lintention des médecins. Elles expriment les vues du groupe de travail et sappuient sur une revue de la documentation, lexpérience et lavis expert des membres du groupe de travail ainsi que les commentaires dautres personnes et organisations. Les recommandations suggèrent dapporter dimportantes modifications au document actuel, notamment des changements aux exigences minimales pour lémission du permis de conduire, aux protocoles dévaluation et de révision ainsi quà la classification des véhicules. Le groupe de travail est davis que ces modifications expriment une approche plus sensible et mieux étayée à la classification des véhicules et aux exigences visuelles minimales pour lémission du permis de conduire.
Recommandations
Une bonne faculté visuelle est indispensable pour conduire de façon sécuritaire et toute baisse importante dune fonction visuelle, de lacuité ou du champ visuel, par exemple, diminue laptitude dune personne à conduire sans danger sur les routes daujourdhui, où une circulation dense roule à des vitesses élevées. Un conducteur atteint dune déficience visuelle importante risque de ne pas percevoir une situation éventuellement dangereuse ou den prendre conscience trop tard pour réagir convenablement.
Lorsquune personne est atteinte dune déficience visuelle, nous recommandons au médecin de lui décrire la nature et létendue de sa déficience et de signaler le problème aux autorités compétentes, le cas échéant. Les rapports des médecins, ophtalmologistes et optométristes sont lun des moyens les plus efficaces de dépister les déficiences visuelles qui peuvent nuire à la conduite sécuritaire dun véhicule.
Ce rapport présente des renseignements sur les exigences recommandées, les autres fonctions visuelles importantes à considérer pour établir laptitude à conduire et les recommandations à suivre pour les cas exceptionnels qui nécessitent une évaluation individuelle. On y trouve aussi des modifications pour la classification des types de véhicules aux fins des exigences visuelles (annexe 1), de plus amples détails sur les protocoles dexamen recommandés (annexe 2), une liste des affections médicales qui peuvent accroître les risques de problèmes visuels et, enfin, des renseignements sur les aides visuelles utilisées pour la conduite dune automobile (annexe 3).
Normes visuelles recommandées pour la conduite automobile
Acuité visuelle
Les normes révisées dacuité visuelle paraissent au Tableau 1. Lacuité visuelle dun conducteur doit au moins lui donner le temps de voir les obstacles, piétons, véhicules et signaux et dy réagir, quand il circule le jour ou la nuit à la vitesse maximale affichée. Pour la sécurité publique, certaines catégories de conducteurs doivent avoir une acuité visuelle plus élevée. Toute personne qui satisfait à la norme minimale dacuité visuelle doit pouvoir lire facilement les signaux routiers à une distance sécuritaire.
Tableau 1 Normes dacuité visuelle* révisées pour les diverses catégories de permis de conduire
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| Catégorie de permis |
Norme recommandée
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5 (usage personnel) |
Pas moins de 20/50 (6/15), les deux yeux ouverts et examinés ensemble
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4 (taxi) et 5 (commercial) |
Pas moins de 20/40 (6/12), les deux yeux ouverts et examinés ensemble. Lil le plus faible na pas moins de 20/200 (6/60). |
1, 2, 3, 4 (urgence) et 6 |
Pas moins de 20/30) (6/9), les deux yeux ouverts et examinés ensemble. Lil le plus faible na pas moins de 20/100 (6/30). |
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* Les protocoles dexamen recommandés sont décrits à lannexe 2.
Voir lannexe 1. |
Champ visuel
Les normes touchant le champ visuel paraissent au Tableau 2. Pour bien conduire, il importe davoir un bon champ visuel continu. Un important scotome ou une restriction du champ visuel binoculaire peuvent rendre dangereuse la conduite automobile. Lannexe 3 de la présente section énumère les affections souvent associées à une perte de champ visuel. Si lon soupçonne une déficience de ce dernier (en se basant sur létat médical, un rapport subjectif ou une évaluation de périmétrie par confrontation), le patient devrait être dirigé vers un ophtalmologiste ou un optométriste pour dautres examens.
Tableau 2 Normes du champ visuel*
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| Catégorie de permis |
Norme recommandée |
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5 (usage personnel) |
120 degrés continus le long du méridien horizontal et 15 degrés continus au-dessus et en dessous du point de fixation, les deux yeux ouverts et examinés ensemble
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4 (taxi) et 5 (commercial) |
120 degrés continus le long du méridien horizontal et 15 degrés continus au-dessus et en dessous du point de fixation, les deux yeux ouverts et examinés ensemble |
1, 2, 3, 4 (urgence) et 6 |
150 degrés continus le long du méridien horizontal et 20 degrés continus au-dessus et en dessous du point de fixation, les deux yeux ouverts et examinés ensemble
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| * Les protocoles dexamen recommandés sont décrits à lannexe 2. |
Diplopie
Une diplopie (vision double) à lintérieur de la fourchette centrale des 40º de la fixation primaire (cest-à-dire 20º à gauche, à droite, au-dessus et au-dessous du point de fixation) est incompatible avec la conduite sécuritaire pour toutes les catégories de permis. Une personne atteinte dune diplopie non corrigée, dans la fourchette centrale de la fixation primaire (40°), devrait être dirigée vers un ophtalmologiste ou un optométriste pour plus amples examens.
Toutefois, si la diplopie peut être corrigée entièrement à laide dun cache-il ou de prismes pour satisfaire aux normes appropriées dacuité visuelle et de champ visuel, le patient peut être admissible à un permis de conduire. Avant que le sujet recommence à conduire, il doit sêtre écoulé une période dajustement de trois mois ou un intervalle suffisant pour convaincre lophtalmologiste ou loptométriste traitant quune correction adéquate a eu lieu.
Perception des couleurs
Le Tableau 3 indique les normes de perception des couleurs. Selon certaines catégories de permis, il est important de percevoir adéquatement les couleurs pour conduire de façon sécuritaire. Il faut informer les patients concernés des lacunes de cette nature afin quils puissent y remédier.
Tableau 3 Normes de perception des couleurs *
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| Catégorie de permis |
Norme recommandée |
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5 (usage personnel)
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Pas de norme requise |
4 (taxi) et 5 (commercial)
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Pas de norme requise |
1, 2, 3, 4 (urgence) et 6 |
Discrimination du rouge, du vert et du jaune |
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| * Les protocoles dexamen recommandés sont décrits à lannexe 2. |
Autres fonctions visuelles importantes pour la conduite automobile
Sensibilité au contraste
Les personnes éprouvant une sensibilité réduite au contraste pourraient avoir de la difficulté à conduire malgré une bonne acuité visuelle. Toutefois, on ne sait pas encore pour linstant à quel niveau la diminution de cette sensibilité représente un risque inacceptable pour la conduite automobile. On peut associer la perte de sensibilité au contraste au vieillissement, à une cataracte, à une chirurgie réfractive ou à dautres maladies oculaires. Les personnes qui ont un manque substantiel de sensibilité au contraste devraient en être informées.
Perception des distances
Lincapacité dévaluer correctement les distances est parfois une cause daccident de la circulation. Lévaluation des distances est une aptitude que peuvent acquérir même les personnes monoculaires. Celles-ci se guident alors sur certains indices comme la dimension relative ou linterposition des objets et la netteté des détails. La stéréopsie, façon plus raffinée dévaluer les distances, sappuie sur linformation provenant des deux yeux. Un conducteur qui a récemment perdu lusage dun il, ou la stéréopsie, devra peut-être attendre quelques mois avant de recouvrer la capacité de percevoir les distances correctement.
Adaptation à la conduite nocturne et rétablissement visuel à la suite déblouissements
La capacité de sadapter à un éclairage faible ou de se rétablir rapidement dun éblouissement causé par des phares puissants est très importante pour la conduite de nuit. La perte partielle de ces fonctions chez les personnes âgées, particulièrement celles qui souffrent de cataractes ou de maladies maculaires, peut justifier de la restriction à la conduite diurne.
Cas dexception
Il est possible de compenser adéquatement la perte dune fonction visuelle, surtout si elle est ancienne ou héréditaire. Lorsque la vision dune personne diminue, son aptitude à conduire sans danger reposera sur sa capacité dadaptation. Des personnes qui ne satisfont pas aux normes visuelles de la conduite automobile à cause dun trouble de la vue peuvent ainsi conduire sans danger. Par contre, certaines personnes ayant un déficit plus léger ne peuvent conduire sans danger même si elles satisfont aux normes visuelles.
Dans ces cas extraordinaires, on recommande de faire subir à la personne un examen particulier de son aptitude à conduire. Seul le bureau des véhicules compétent peut décider en bout de ligne de laptitude à conduire du sujet. Cependant, la SCO recommande de tenir compte des renseignements suivants : rapports favorables de lophtalmologiste ou de loptométriste; bon dossier de conduite; état stable; aucun autre empêchement médical important ; autres références (par exemple, celles dun spécialiste ou dun employeur); évaluation dun spécialiste à un centre reconnu dergothérapie ou de réadaptation pour la conduite automobile.
Il sera parfois raisonnable daccorder un permis assorti de restrictions ou de conditions pour assurer que la personne conduira sans danger. Il pourrait également être indiqué de réserver ce type de permis à une catégorie particulière de véhicules.
RÉFÉRENCE
1. Association médicale canadienne. Guide dexamen des conducteurs à lintention du médecin.
Annexe 1 Classification des véhicules pour lapplication des normes visuelles
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Catégorie 1 |
As outlined on p. 3 and 4 of Physicians Guide to Driver Examination1 |
Catégorie 2 |
Décrit aux pages 3 et 4 du Guide dexamen des conducteurs à lintention des médecins |
Catégorie 3 |
Décrit aux pages 3 et 4 du Guide dexamen des conducteurs à lintention des médecins |
Catégorie 4 |
Répartition selon 4 (véhicules durgence) (c.-à-d. les conducteurs de véhicules dintervention durgence comme les ambulances, les camions dincendie et les voitures de police); et 4 (taxis) (c.-à-d. les conducteurs de taxi de moins de cinq passagers). |
Catégorie 5 |
Répartition selon 5 (véhicules commerciaux) (c.-à-d. les véhicules utilisés à des fins commerciales) et 5 (usage personnel) |
Catégorie 6 |
Décrit aux pages 3 et 4 du Guide dexamen des conducteurs à lintention des médecins |
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Annexe 2 Protocoles dexamen recommandés des diverses fonctions visuelles
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Acuité visuelle
Pour mesurer lacuité de la perception à distance, on devrait utiliser lappareil de correction réfractive (lunettes ou lentilles cornéennes) que le patient utilisera pour conduire. Lexaminateur devrait évaluer lacuité visuelle des deux yeux en même temps, ou dun seul il, si le standard lexige. On recommande dévaluer lacuité visuelle à laide dune échelle de Snellen, ou dun équivalent, à la distance appropriée et sous un éclairage photoptique puissant (c.-à-d. supérieur à 80 cd/m2>). On recommande des échelles conçues pour une distance de trois mètres ou plus.
Champ visuel
On recommande dappliquer au moins le protocole suivant lorsquon procède à un examen de périmétrie par confrontation pour dépister une déficience du champ visuel.
- Lexaminateur se tient debout ou assis à environ 0,6 m (2 pieds) devant son sujet, les yeux à peu près à la même hauteur.
- On demande au sujet de fixer des deux yeux le nez de lexaminateur.
- Lexaminateur étend les bras jusquà ce que ses mains se situent à mi-chemin de la distance qui le sépare du sujet. Les bras ainsi étendus, lexaminateur demande au sujet de lui indiquer tout déplacement dun doigt.
- Lexaminateur doit confirmer la capacité du sujet de suivre continuellement le doigt en question dans tout le champ visuel précisé par la norme applicable. Il devrait utiliser une aire dau moins 180º à lhorizontale et de 40º à la verticale, à partir du point de fixation.
Si le sujet présente une déficience, on devrait le diriger vers un ophtalmologiste ou un optométriste qui procédera à un examen complet.
Lorsquun examen complet simpose, on devrait évaluer le champ visuel binoculaire à laide dun objet III4e de Goldmann, ou le plus proche équivalent. On recommande dadministrer le test de vision fonctionnelle dEsterman sur lanalyseur de champ visuel dHumphrey ou le test de périmétrie cinétique sur le périmètre de Goldmann. Sil nest pas possible de faire une évaluation binoculaire, on songera à un examen monoculaire.
Certains centres dexamen de conduite ont parfois des appareils automatisés qui permettent dévaluer létendue du champ visuel. Toutefois, comme souvent ils narrivent pas à déceler de nombreux types de lacunes du champ visuel, ces appareils pourraient donc ne pas convenir au dépistage.
Diplopie
Toute personne se plaignant de vision double devrait être dirigée vers un ophtalmologiste ou un optométriste pour examen.
Sensibilité au contraste
Il est recommandé que les personnes dont la conduite est affectée par des problèmes de vision soient soumises à une évaluation de la sensibilité au contraste, lorsquelles sont dirigées vers un ophtalmologiste ou un optométriste. Cet examen convient sans doute mieux que léchelle de Snellen pour déterminer lacuité visuelle pour la conduite automobile. La SCO incite donc les spécialistes à compléter lévaluation de lacuité visuelle par ce test.
On peut mesurer la sensibilité au contraste à laide de plusieurs appareils disponibles sur le marché : léchelle de sensibilité au contraste des lettres de Pelli-Robson, léchelle dacuité à faible contraste 25 % ou 11 % de Regan, léchelle dacuité à faible contraste de Bailey-Lovie ou le test de sensibilité au contraste de VisTech. On devrait suivre les protocoles et modalités recommandés pour chacun des examens.
Perception des couleurs
On peut recourir à tous les tests de discrimination du rouge, du vert et du jaune pour évaluer la perception des couleurs chez un conducteur.
Perception des distances
Il ny a aucun autre test clinique pour évaluer la perception des distances que ceux qui sont utilisés pour la stéréopsie. Sil faut évaluer celle-ci, on peut recourir au test de Titmus.
Adaptation à la conduite nocturne et rétablissement visuel à la suite déblouissements
Il ny a en ce moment aucun test ni procédure type recommandée pour lévaluation de ces fonctions.
Annexe 3 Affections médicales, facteurs de risques accrus et aides visuelles pour la conduite automobile
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Maladies
Certaines maladies sont davantage associées à des problèmes de vision.
En voici quelques-unes :
Lésions cornéennes
Troubles des mouvements oculaires
Chirurgie réfractive
Strabisme
Cataractes
Accident vasculaire cérébral
Maladie diabétique de lil
Tumeur ou chirurgie au cerveau
Maladie de la rétine
Traumatisme à la tête
Troubles du nerf optique
Troubles neurologiques
Glaucome
Sclérose en plaques
Beaucoup dautres troubles médicaux provoquent des problèmes de vision. Si lon soupçonne un problème de vue à la suite dun état pathologique, la personne en question devrait être dirigée vers un ophtalmologiste ou un optométriste qui procédera à une évaluation plus approfondie de la fonction visuelle.
Les aides visuelles
Même si les lunettes télescopiques, les aides à lhémianopie et dautres dispositifs pour la faible vision peuvent aider à améliorer la fonction visuelle, leur utilisation pour conduire un véhicule peut occasionner dimportants problèmes, notamment une perte du champ visuel, un état de magnification causant lapparence dun mouvement et une illusion de rapprochement. Par conséquent, on ne croit pas que ces aides conviennent à la conduite sécuritaire dune automobile.
Ce document a été approuvé par le conseil dadministration de la Société canadienne dophtalmologie.
Journal canadien dophtalmologie 2000;35:187-91